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Il y a des textes et des interprétations qui ont le don de nous toucher en plein cœur. C’est ce qu’Ethan Oliel parvient à faire avec Le Garçon Nuage, son seul en scène déjà présenté au Théâtre des Déchargeurs et au Festival d’Avignon. Cette fois, c’est à la Scala de Paris qu’Ethan pose ses valises et invite le public à entrer dans un univers poétique et définitivement bouleversant.
Et si, pour ne plus souffrir, il suffisait de ne plus rien faire ? C’est en tout cas le choix qu’a fait ce garçon, installé sur son nuage, bien à l’abri des déceptions et des secousses du monde. Mais on est rarement tranquille très longtemps. Un jour, l’amour passe par là et l’oblige à regarder de nouveau du côté de la vie.
Le spectacle se découpe en trois grandes étapes. D’abord, pour échapper au monde trop dur et mieux se protéger, le jeune garçon se réfugie sur son nuage, métaphore d’une solitude que l’on se construit et qui nous fait du bien. Avec ses souvenirs et son imaginaire comme compagnons, il espère échapper au poids du monde, enfermé dans cet univers mental bien à lui. Une démission du monde qui lui fait du bien, qu’il trouve nécessaire pour se préserver. Il faudra finalement une rencontre avec l’amour pour l’en faire redescendre. Mais cet écorché vif, finalement pas assez armé pour le monde réel, va se heurter à une plus grande douleur encore : la fuite de ce grand amour. À coups de grandes déclarations, accompagné d’une myriade de personnages et en tête-à-tête avec ses sentiments, il prend conscience de sa singularité émotionnelle et assume pleinement cette nécessité de s’échapper de son quotidien.
Et quel poète, cet Ethan Oliel ! Si nous avions déjà eu un aperçu de sa grandeur quand il incarnait Neil Perry dans Le Cercle des Poètes Disparus, cette fois, il se dévoile pleinement comme un virtuose de la poésie et du verbe. On sent ici toute sa passion pour le théâtre, les tirades et les mots. Son écriture nous impressionne autant que son jeu. On y retrouve du Luchini ou du Jim Carrey dans cette liberté d’interprétation folle, presque hystérique parfois, usant de toutes les parties de son corps et, très souvent, on peut lui prêter le panache de Cyrano, personnage qu’il affectionne particulièrement. Pas étonnant, au fond, que le comédien ait remporté le Molière de la Révélation Masculine il y a deux ans : Ethan sait ce qu’il fait et le fait très bien !
Un seul en scène qui ne l’est finalement pas vraiment. Plusieurs fois, Ethan invite le public dans cette sphère intime et nous questionne, partage ses interrogations et ses chagrins. Il est tout à fait conscient de notre présence et nous le fait savoir. Si au début nous avons de quoi rougir de pudeur, on se laisse vite cueillir par la sensibilité à vif du jeune comédien. On s’y retrouve même et, plus d’une fois, la prose et les alexandrins joliment écrits et déclamés viennent tirer sur la corde sensible ou remuer de vieux souvenirs enfuis au fond de nous. Et puis, il y a ces voix qui habitent Ethan, autant de personnages, de sentiments, d’émotions et de souvenirs qui viennent parasiter sa tranquillité. Une maîtrise de l’interprétation qui se mêle à l’imaginaire, un peu comme un vice-versa encore plus personnel. On finit par s’y attacher au cynique Crainte !
Le Garçon Nuage est d’une vérité pure et chaque mot cache une intention particulière. On sent bien que l’écriture de l’auteur – Ethan encore – est rodée et puise dans ce qu’il y a de plus profond en lui. Une introspection sans faux semblant qui met en exergue ce qu’il y a de plus singulier en lui : sa sensibilité. Si l’écriture en alexandrins peut effrayer un public moins aguerri, la passion qu’y met Ethan saura les rattraper au vol. Sur scène, aussi, c’est une certaine mise à nu. Un escalier fait office de décor et de compagnon de route. Il faut compter sur la grandeur (littéralement) d’Ethan et un savant jeu de lumière pour habiller et occuper l’ensemble de la scène. Aussi, la proximité avec le public est à double tranchant. D’un côté, elle renforce l’intimité du texte, nous invite à nous plonger dans cette histoire, à observer son regard changer et à tendre une oreille compatissante. D’un autre côté, on a parfois l’impression de déranger, d’être de trop quand tout va mal, et d’user d’une curiosité malsaine et déplacée. C’est bien joué.
Alors en 75 minutes, toutes les émotions y passent : on rit avec lui, on l’observe avec curiosité, on fait face à nos propres émotions et on expire un bon coup en bout de course. On l’accompagnerait bien sur son nuage, loin de tout tracas. En tout cas, bravo Ethan Oliel !
Le Garçon de la Nuage, jusqu’au 3 janvier 2027 à la Scala Paris