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Il pleut enfin sur Paris avec l’arrivée au théâtre du LIDO de Singin In the Rain! Déjà présentée en 2015 au Théâtre du Châtelet, l’adaptation théâtrale du film culte des années 50 revient cette fois dans une toute nouvelle version promettant d’en mettre plein les yeux aux spectateurs.
En 1953, c’est Gene Kelly, Debbie Reynolds et Donald O’Connor qui portent à l’écran les personnages de Don, Kathy et Cosmo. En 2026, c’est sur Ashley Day, Maddie Waller et Charlie Waddell qu’il faut compter pour enfiler leurs claquettes et donner vie à ce spectacle de près de trois heures. Un sacré challenge à relever pour les trois comédiens, qui ne s’en sortent finalement pas trop mal. Ashley Day, souriant et charmeur à souhait, est convaincant en jeune premier amouraché. Maddie Waller nous envoûte facilement avec sa douce voix et sa Kathy quelque peu effrontée. On rêve d’ailleurs pendant le doux “You Were Meant For Me”, qui permet aux jeunes acteurs de tomber amoureux, et qui n’est pas sans nous rappeler la scène du planétarium dans La La Land.
De son côté, Charlie Waddell est parfait en génie de la musique, particulièrement sur “Make ‘Em Laugh”. On sent bien que ce dernier doit apporter l’élément léger et comique du trio, mais ses rares essais de comédie pure tombent souvent à plat, la faute à un public peu réceptif ce soir-là. Dommage car il parvient tout de même à nous soutirer quelques rires francs avec sa personnalité très attachante et pétillante, tout comme le personnage de Lina Lamont. Interprétée par Natasha O’Brien, elle nous agace et nous fait grincer des dents avec sa voix de crécelle et son côté mean girl. Une très belle performance de la part de l’actrice qui donne tout pour ce rôle ultra stéréotypé qu’on adore détester !
Avec de telles performances, difficile de se dire que le reste ne va pas suivre. Pourtant, sous les paillettes et la grandeur du LIDO, on reste terriblement sur notre faim et le spectacle prend l’eau, littéralement… Côté décors, il n’y a même rien du tout à se mettre sous la dent. Pourtant, il en aurait fallu pour habiller la (très) grande scène du LIDO. Bien souvent, on se demande pourquoi la scénographie n’est pas plus fournie car deux chaises et un piano ne permettent pas de se projeter dans un studio de cinéma hollywoodien. Et on s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles les comédiens sont obligés de jouer à plusieurs mètres les uns des autres ou d’arpenter, en d’incessants allers-retours, ce grand espace plusieurs fois en une scène. Un jeu de lumière aurait été très intéressant pour occulter certains espaces vides de la scène et nous aurait permis de nous concentrer davantage sur les scènes jouées et le jeu des comédiens qui était très bon.
L’utilisation d’immenses écrans est intelligente mais pas assez poussée et réfléchie pour être efficace et nous couper le souffle. Pour un spectacle dont le propos principal est le cinéma, cela peut se comprendre, mais cela devient également très vite redondant et ennuyeux, surtout quand les scènes du film en noir et blanc sonnent très 2026 et non 1920. Une mise en abyme intéressante mais pas assez bien exécutée.
Heureusement, les costumes, signés Luis F. Carvalho, sont resplendissants et nous plongent, eux, directement dans la folie des années 20 et cet univers jazz feutré des soirées hollywoodiennes. Quand les comédiens déambulent dans le public, on apprécie d’autant plus l’attention portée aux détails des costumes et tenues de soirée. On regrette surtout qu’ils ne soient pas plus couplés à de grands numéros de danse permettant à l’ensemble de prendre toute la place et de s’exprimer.
Car oui, il faut attendre près de 2 h pour enfin assister à un grand numéro dansé/chanté par l’ensemble de la troupe avec “Broadway Melody”. Une mise en scène réussie cette fois et qui n’a rien à envier aux autres numéros musicaux cultes. “Moses” est un numéro aussi déjanté et délicieux que sa version cinématographique et Day et Waddell nous impressionnent par leur technicité et leur complémentarité sur ce duel de claquettes enflammé. “Good Morning” est efficace et nous offre une belle entrée en matière pour le moment que tout le monde attend : le numéro éponyme “Singin In The Rain”.
Une scène grandiose qui réalise l’impensable : faire pleuvoir des trombes d’eau sur la scène du LIDO ! Ashley Day est impeccable dans cette scène mythique et cultissime et n’a décidément pas à rougir de son talent. On se laisse embarquer par la magie et la performance de cette scène qui semble totalement folle. Bravo aux équipes techniques qui réalisent également la prouesse de faire disparaître toute cette eau en moins de 20 minutes. Vos efforts n’ont pas été ignorés par l’assemblée !
Le bémol : cette scène intervient en clôture d’un premier acte interminable d’une heure et quarante-huit minutes. Car c’est bien aussi l’un des problèmes de cette adaptation : le rythme est très déséquilibré. Le second acte, lui, boucle l’histoire en seulement 45 minutes. L’histoire souffre d’ailleurs de cette lenteur et certaines scènes auraient facilement pu être réduites ou passées au second plan. On pense encore à “Beautiful Girl”, qui nous est présenté deux fois. Une fois sous sa version scénique, très réussie au demeurant, et une autre sous sa version filmée. On reste pantois devant cette double scène qui alourdit généreusement l’ensemble et ne fait pas particulièrement avancer l’histoire.
On salue tout de même la prestation époustouflante de l’orchestre situé de part et d’autre de la scène. Du début à la fin, ils donnent le rythme et soutiennent le jeu des comédiens en leur donnant du corps. Mais ils auraient très bien eu leur place sur scène, aux côtés de la troupe. Ça aurait au moins permis de combler l’espace… On déplore aussi le manque de musique lors du salut final de la troupe. Une ambiance un peu morne qui se rattrape finalement bien avec le retour sur scène en ciré jaune et parapluies multicolores pour reprendre en chœur l’inoubliable “Singin in the Rain”. Le public est debout, prêt à rejoindre les comédiens sous cette pluie diluvienne… ou à quitter le théâtre.
On s’étonne aussi de l’apparition de Ralph Fiennes à l’écran. Si de prime abord c’est plutôt sympathique, on se demande vite si tout le budget décor n’est pas passé dans cet enregistrement de 5 minutes.
Finalement, au lieu de paillettes, c’est plutôt de la poudre aux yeux que l’on nous sert. On nous promettait “l’âge d’or du cinéma sur scène” ; ce dernier semble définitivement terni… Dommage, car on reconnaît le potentiel qu’avait une adaptation d’un tel monument du cinéma !
Singin In The Rain au théâtre du LIDO jusqu’au 10 janvier 2027.