[Review] The Last Ship à la Seine Musicale, un voyage intime et engagé

★★★★

Words : Lénaëlle Fontaine

“The Last Ship” est arrivé à bon port à Paris, du 18 février au 8 mars 2026 ! Le spectacle, écrit et composé par Sting, est présenté pour la première fois en France à la Seine Musicale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fait les choses à moitié pour ce spectacle musical très personnel.

Un pari osé pour l’ex-leader de Police qui ne se met pas en scène, Sting cette fois-ci, mais plutôt l’histoire de son enfance et de la communauté ouvrière à laquelle ses parents appartenaient. Une adaptation de son concept-album de 2013, The Last Ship, qui rendait déjà hommage aux anciens chantiers navals de Newcastle, la ville où il a grandi. Si en 2014 l’album a fait l’objet d’une adaptation en comédie musicale à Broadway, il aura fallu pourtant attendre 12 ans avant que le projet ne s’amarre à la capitale, dans une version revue et améliorée.

1987, après 17 ans d’absence, Gideon Fletcher revient à Wallsend, son village natal. Il y retrouve un chantier naval menacé de fermeture, une communauté au bord de la rupture et une histoire d’amour oubliée…Un retour qui fait ressurgir de vieilles blessures et qui change à jamais sa relation avec ses vieux démons. 

À l’affiche, des noms qui attirent l’œil et intriguent. Pour la première fois, c’est Sting lui-même qui tient le rôle-titre du spectacle dans le rôle de Jackie White, le contremaitre. Un rôle fort, tout en réserve, qui semble taillé pour lui. En quelques minutes, on ressent toute l’importance qu’a cette histoire pour lui et son interprétation reste sans faille jusqu’à sa dernière apparition sur scène, pour le moins tragique. À ces côtés, un autre grand nom de la chanson : Shaggy. Changement de registre du tout au tout pour le chanteur reggae de l’iconique “It Wasn’t Me”, avec un rôle énigmatique et qui nous intrigue. Comme un fantôme ou un guide, il incarne “le passeur” et plane de son ombre sur l’histoire et les personnages de Jackie et Gideon, le jeune marin. Finalement très peu présent en chanson, Shaggy parvient tout de même à marquer de son empreinte le spectacle à côté de son ami de longue date. Un duo qui donne définitivement un supplément d’âme au show.

Autour des deux stars qui font mouche, un casting plus classique, mais tout aussi convaincant. Declan Bennett et Lauren Samuels interprètent le couple Gideon et Meg, deux amoureux se retrouvant après 16 ans d’absence. Ce qui nous frappe surtout, c’est le réalisme de leur jeu d’acteur, alors que Meg et Gideon sont aux prises avec leur passé et leurs sentiments. Avec passion, on suit ces retrouvailles et cet amour qui renait, mis en lumière par des titres brillamment interprétés. On retient le tango-esque “If You Ever See Me Talking to a Sailor” et la douce balade pleine d’espoir “What Say You Meg?”. C’est d’ailleurs aussi les solos de ces deux personnages qui nous touchent le plus, notamment “Dead Man’s Boots”, interprété par Declan Bennett avec beaucoup de sincérité.

De bout en bout, la partition de 2h30 signée Sting est vibrante. Et bien que l’on puisse regretter le manque de tableaux dansés, qui auraient pu servir l’histoire, ce sont les chansons chantées en cœur qui tirent sur la corde sensible. Particulièrement “What have We Got” et le très approprié “The Last Ship” qui hante l’ensemble du spectacle. Si on apprécie retrouver la patte de Sting, on adore aussi entendre des sonorités celtiques, avec la présence discrète mais tout de même remarquée des quelques musiciens live.

Accent, décors, mélodies… L’immersion au cœur de l’Angleterre ouvrière est totale. D’autant plus avec ce paquebot qui prend toute la place et qui nous semble plus vrai que nature, malgré l’utilisation massive d’écrans. Autour de lui, une vingtaine d’hommes et de femmes viennent nous compter leurs vies, nous confier leurs peines et leurs espoirs, dans des lieux qui leur sont familiers : un chantier naval, où père et fils se relaient, une maison d’enfance ternie par le décès du patriarche et un pub, véritable poumon du village. Ce qui prime et nous happe, c’est la solidarité qui transparait et l’amitié qui fait vibrer ce petit coin d’Angleterre. En pleine crise ouvrière, on se surprend même à penser à une autre histoire qui y fait écho : celle des mineurs de Billy Elliot.

On est ému de voir cet ensemble éclectique, particulièrement Peggy incarnée avec justesse par Annette McLaughlin, évoluer sur scène et se battre pour ses idées quand leur quotidien est bousculé par le pouvoir et l’ambition. Un thème qui n’est pas sans résonance avec l’actualité et qui arrivera, avec facilité, à parler au public lors des différentes escales de la tournée.

2h30 de spectacle, c’est ce que nous promet The Last Ship. Malgré la scénographie qui nous en met plein les yeux dès l’ouverture, il nous manquerait presque quelques dialogues dans le premier acte pour faire davantage vivre l’histoire et les personnages, d’autant que les références maritimes viennent un peu alourdir l’ensemble, tant elles sont omniprésentes dans le texte. L’acte deux, en revanche, semble plus rythmé, avec une histoire qui s’accélère et des enjeux plus palpables. On peut aussi trouver dommage que certaines scènes n’aient pas l’impact qu’elles devraient avoir, comme celle où Gideon découvre l’existence de sa fille Ellen de 16 ans. Mais on comprend aussi facilement que le cœur de l’histoire est ailleurs !

En définitive, The Last Ship est une grande fresque sociale qui nous bouleverse, tant par son réalisme que par sa profonde sincérité. Sting parvient à relever haut la main le défi d’adapter un classique de son répertoire en un spectacle personnel, très réussi. À voir à la Seine Musicale jusqu’au 8 mars avant que le spectacle prenne le large pour Brisbane et New York.

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