★★★
Words by Lénaëlle Fontaine
Cyrano de Bergerac. L’un des personnages les plus emblématiques de la littérature française. Qu’il peut être difficile de le mettre en scène, c’est pourtant le défi relevé par Philippe Hattemberg et Stéphane Brunello, deux grands noms de la comédie musicale. À leur actif, des collaborations avec Dove Attia sur Le Roi Soleil et Mozart, l’Opéra Rock. Rien que ça.
Cette fois, Cyrano de Bergerac se réinvente en comédie musicale pour une toute nouvelle tournée à travers la France et la Belgique, du 14 février au 29 mars 2026. Au placard capes, épées et chapeaux à grand panache, place à la musique et à une version résolument contemporaine du classique du 19e siècle.
L’ouverture du spectacle se fait en grand pompe et nous happe dès les premières notes. Une vingtaine d’artistes occupent la scène, majoritairement des danseurs avec une chorégraphie qui se veut percutante et prend toute la place. Une entrée en matière prometteuse et un élan qui s’essouffle finalement quelques scènes plus tard. Au fur et à mesure que l’histoire progresse, le spectacle peine à garder cette grandeur et la mise en scène devient vite simpliste sur certains tableaux. Un parti pris qui ne paye pas forcément, surtout quand les acteurs sont seuls en scène. Une très grande scène, bien vide.
23 chansons en 1 h 45, c’est beaucoup. Peut-être trop quand certaines ne servent pas à faire avancer énormément l’histoire. Parfois, même, on stagne, coincé entre une nouvelle introduction de personnage et un énième déballage de sentiments. Individuellement, les titres tiennent la route pourtant : on adore la balade rock “Je viens à toi” interprété par Romain Dos Santos, le rêveur “Danseuse Etoile” et le duo “Bien plus loin que toi-même” qui réunit Cyrano et Christian. Mais les chansons manquent parfois de cohérence entre elles et la multiplicité des genres peut vite rendre l’intégralité du spectacle confus, même si on peut apprécier la richesse sonore et le talent des deux musiciens jouant live les compositions. Les chorégraphies aussi mélangent les styles et si chaque tableau dansé est impressionnant et entraînant, on perd vite le fil à alterner entre costumes d’époque, mini-shorts en jean et tenues de cabaret…
Pour rythmer le spectacle, il faut compter sur la récitante, interprétée par Isabelle Servol. Si ses premières interventions et sa manière de vivre l’histoire nous intriguent et nous touchent, nous nous en lassons finalement assez vite. L’alternance chant/narration est trop rigide et laisse peu de place à l’histoire et au jeu des comédiens et rend l’ensemble très répétitif. Quelques dialogues auraient pu donner un peu plus de corps aux personnages et à l’ensemble de l’histoire.
Car finalement, du panache du grand Cyrano, nous n’en avons qu’un aperçu. Dommage, car ce que nous pouvons en voir nous donne terriblement envie d’en voir plus ! Pas la faute de son interprète, Grégory Benchenafi, qui est très convaincant dans le rôle de ce poète mélancolique se sacrifiant par amour. Dans la réserve et tout en pudeur, il dégage un certain charisme, qui colle à la peau de notre Cyrano et séduit facilement le public. On aime aussi cette voix envoutante qui habite le personnage, que l’on aimerait définitivement voir plus souvent sur scène, surtout lorsqu’il déclame “la Tirade des années”, sympathique et intelligent, clin d’œil à “la tirade du nez“.
Sa Roxanne est interprétée par Laura Kleinas lors de cette première. Dotée d’une très jolie voix, la comédienne apporte beaucoup de douceur au trio principal, mais manque encore un peu de profondeur dans l’interprétation. On aimerait davantage voir de nuance dans son jeu, notamment quand tout s’accélère vers la fin du spectacle. Face à elle, Christian, joué par Romain Dos Santos. Un personnage bien casté, avec ce look et cette attitude de rockeur mais qui gagnerait à être encore plus sombre et torturé, pour mieux montrer les tourments intérieurs du jeune artiste. En antagoniste, le personnage de De Guiche se remarque à peine, restant trop en surface et en décalage avec le reste de la troupe. Ses solos jazzy font sourire, mais rien d’inédit là-dedans.
Finalement, l’exercice de traduire en chansons la poésie des quelques 2600 alexandrins que compte l’œuvre originale se révèle bien difficile. Une grande ambition artistique, pour un spectacle qui aurait encore besoin de quelques ajustements pour faire briller pleinement l’histoire de Cyrano. On retient surtout les dernières scènes, plus étoffées et où les enjeux sont plus explicites, qui précèdent et suivent la mort de Christian. Selon nous, elles résument à la perfection la trame de l’histoire : deux histoires d’amour parallèles, deux secrets à protéger et deux sacrifices pour les beaux yeux de Roxane.
Alors, on meurt d’envie de vivre avec eux cette passion qui les enivre tous, mais au final, on meurt juste de faim à ne pas avoir grand-chose à se mettre sous la dent pour en profiter pleinement !
Cyrano de Bergerac est en tournée du 14 février au 29 mars 2026.