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Words : Lénaëlle Fontaine
Potted Potter pose enfin ses valises dans la capitale ! Après avoir enchanté (sans mauvais jeux de mots) le public de Londres, New York et Las Vegas, c’est sur la scène du Théâtre du Gymnase que prend vie l’histoire du sorcier le plus connu de la littérature… Enfin, presque.
Sur le papier, la promesse est simple : à quoi bon relire les 7 tomes d’Harry Potter, quand un résumé express peut nous en être fait en 70 minutes top chrono ? C’est le pari qu’ont décidé de relever les Britanniques Daniel Clarkson et Jefferson Turner en créant Potted Potter en 2005. Dans l’assemblée ce soir-là, un public pour le moins éclectique, qui, à première vue, n’a pas grand-chose en commun à part peut-être une certaine passion pour Harry Potter. Pourtant, il en faut peu pour que les adultes et les enfants ne se mettent pas au diapason et rient de bon cœur face aux farces toujours plus absurdes qui nous sont lancées en pleine figure. Le ton est donné : toutes les 10 minutes, un nouveau tome de la saga sera abordé et il n’y a pas de temps à perdre !
Pourtant, sur scène, à première vue, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent : un train “qui fait tchou-tchou”, une armoire tout droit sortie de Narnia, un cercueil totalement “fliiiipant” et une carte postale qui fait se rencontrer la forêt interdite et les cocotiers. Qu’à cela ne tienne, il n’en faut pas plus aux comédiens pour mettre en scène 7 histoires totalement loufoques. Des moyens du bord qui cachent bien plus de secrets qu’il n’en parait. Et puis c’est pour la bonne cause, car comme nous le glisse Yanis, “tout le budget est passé dans le dragon du tome 4″…
Dans l’œuvre, 451 personnages sont mentionnés. Sur scène, ils sont deux à tous, ou presque, les interpréter. Une performance survoltée, qui soulève bien plus d’une fois la question “où trouvent-ils toute cette énergie?” À grand coup de chapeaux, serre-têtes, lunettes, marionnettes et costumes, c’est tour à tour Hagrid, Dumbledore, Ron ou encore Voldemort qui prennent vie devant un public hilare et qui en redemande. Les traits sont volontairement forcés, les incohérences moquées et les destins tragiques de certains pris au 3e degré.
La force du spectacle réside résolument dans les deux comédiens : Yanis Nouidé et Anael Alexandre ce soir-là. A eux deux, ils occupent l’espace comme une troupe de 20 à grand coup de répliques dynamitées et d’interactions avec le public. Car oui, le concept de 4e mur est complètement remisé au placard et les jeunes, comme les moins jeunes, s’en donnent à cœur joie lorsqu’il s’agit de répondre à une question sur l’univers d’Harry Potter. Comme un quiz géant dont Yanis et Anaël seraient les chefs d’orchestre pour la soirée.
Ce qui impressionne surtout, ce sont les gags visuels. On salue notamment la performance de Yanis Nouidé qui mêle la physicalité du mime à l’humour dévergondé du clown. D’un bout à l’autre de la scène, il dégage cette énergie infectieuse et comique qui ne semble jamais faiblir. Un tour de force qui s’applaudit et qui mérite d’être remarqué. Face à lui, le non moins notable Anaël Alexandre interprète avec brio l’expert d’Harry Potter. Lui aussi donne de sa personne pour donner vie à l’histoire d’Harry avec intensité, quitte quelquefois à sacrifier sa dignité en vif d’or pourchassé. En tout cas, la complicité est parfaite entre les deux amis et totalement convaincante.
Lors de certaines scènes, on en vient même à se demander où s’arrête le script et où commence l’improvisation tant les deux semblent s’entremêler et cohabiter avec aisance. Tout semble naturel pour Yanis et Anaël, et quand l’un lâche un sourire ou laisse un fou rire prendre le dessus, la cohésion avec le public n’en est que plus grande. D’autant plus quand un match de Quidditch s’organise en quelques minutes et transforme le parterre en cogneurs, poursuiveurs et attrapeurs et les balcons en supporters endiablés. Un sympathique bazar qui permet de relancer l’énergie et d’envouter encore un peu plus l’assemblée.
Si les plus connaisseurs s’amuseront à repérer toutes les références à la saga, que les moins Potterheads d’entre nous se rassurent, même sans avoir la moindre idée de ce qu’est un “horcruxe”, il est tout à fait possible de se délecter de l’humour potache, des dialogues hilarants, pleins d’énergie et des gags ingénieux dont seul Yanis et Anaël ont le secret. D’autant que d’autres références, très actuelles, sont distillées tout au long du spectacle, sans oublier quelques clins d’œil aux autres grandes sagas des années 2000.
Au fur et à mesure que l’histoire se déroule sur scène, c’est le mot “presque” qui résonne dans les têtes des spectateurs : c’est presque la véritable histoire d’Harry Potter, presque une représentation fidèle des personnages et presque les bons décors. En tout cas ce qui est sûr, c’est que c’est une réussite totale ! Chapeau(x) aux comédiens !
Potted Potter est à découvrir jusqu’au 5 avril au Théâtre du Gymnase. Enfourchez votre nimbus 2000 et foncez-y !